Bouddhisme Tendai – Etude #2

Etude

Bouddhisme Tendai – Etude #2

De la chine au japon

Sur le mont Tiantai, Dengyō Daishi Saichō 傳教大師最澄 (767-822) étudia de manière très large, tout en se concentrant sur les enseignements de Zhiyi1Voir article « Bouddhisme Tendai – Etude #1 » et le système philosophique, doctrinal et méditatif complet du Tiantai. Saichō reçut également une initiation à la méditation chinoise Chan 禪 (connue au Japon sous le nom de Zen), aux préceptes et au bouddhisme ésotérique Mikkyō 密教. À son retour, Saichō commença à exécuter des rituels ésotériques pour la cour et a enseigna Ekayana (« Un véhicule »), la perspective du Sūtra du Lotus et les enseignements Tendai.

Ekayana – qui est une autre façon de décrire le Mahayana (« Le Grand Véhicule ») – postule que tous les chemins mènent finalement à la bouddhéité, et que tous les êtres ont la capacité d’atteindre la libération. Cette idée reste aujourd’hui l’un des enseignements fondamentaux de la tradition du bouddhisme Tendai.

Lorsque Saichō commença à diffuser cet enseignement au Japon, certains moines érudits de Nara, cherchant à établir une domination institutionnelle sur cette étoile montante, contestèrent en particulier la voie universelle et inclusive de Saichō vers l’éveil. Certains moines soutenaient que certains êtres ne peuvent jamais atteindre la bouddhéité, un point de vue que Saichō rejetait. Il se rebella contre le statu quo et s’employa à établir le bouddhisme Tendai et son temple Enryakuji, sur le mont Hiei, comme institutionnellement autonome par rapport à la hiérarchie état-temple monastique de Nara. Saichō fit valoir ses arguments en faveur des préceptes du Mahayana dans son texte, le Kenkairon 顯戒論. Bien que Saichō soit décédé avant que cet objectif ne soit atteint, sa première génération de disciples a poursuivi sa mission et a non seulement établi la tradition Tendai en tant qu’école autonome du bouddhisme japonais, mais a finalement fait de l’école Tendai la lignée bouddhiste la plus influente et la plus puissante dans la plus grande partie de l’histoire du Japon.

Le but de la pratique

Pour Saichō, le but de la pratique bouddhiste est le service aux autres. Dans le bouddhisme Tendai contemporain, son « Illuminez votre coin » 一隅を照らす (ichigū wo terasu) est interprété comme signifiant que changer le monde commence par partager vos dons uniques avec le monde, en commençant là où vous êtes. En éclairant votre propre coin du monde, vous illuminez le monde entier. Le programme éducatif bouddhiste Tendai était basé sur l’intégration de l’approche doctrinale et méditative globale de Zhiyi au bouddhisme, avec des textes rituels et méditatifs bouddhistes ésotériques venus d’Inde et de Chine. Ainsi, le cursus Tendai a suivi deux voies :

  • Shikan-gō 止觀業 : Le programme d’études Tendai s’est concentré sur le magnum opus de Zhiyi – le Mohezhiguan – et les textes connexes

  • Shana-gō 遮那業 : Le programme d’études bouddhistes ésotériques s’est concentré sur le Mahāvairocana-sūtra et d’autres textes ésotériques.

L’unité du bouddhisme Tendai et du bouddhisme ésotérique allait devenir une caractéristique déterminante du bouddhisme Tendai japonais. Les moines ayant étudié à l’école Tendai de Saichō ont continué à participer et à étudier dans différents temples à travers le royaume. Ainsi, le mouvement et le dialogue entre les divisions sectaires assurait l’autonomie de Tendai. Cette tendance à l’interaction œcuménique avec d’autres traditions bouddhistes est toujours bien vivante dans la tradition moderne Tendai, tant au Japon que dans le reste du monde.

Les premiers disciples

  • Jikaku Daishi Ennin 慈覺大師圓仁 (794-864)

    Ennin, le troisième abbé du temple Enryakuji sur le mont Hiei, a eu un impact considérable sur le développement du bouddhisme japonais. Les historiens traditionnels ont souvent attribué à Ennin la fondation de l’approche distincte du bouddhisme Tendai – à la fois du bouddhisme ésotérique et du bouddhisme de la Terre Pure. En fait, on attribue à Ennin la promotion de la dévotion à Fudō Myōō 不動明王 (Ācalanathā-vidyārāja), ainsi que certaines formes de récitation du nenbutsu.

    De 835 à 847, Ennin a étudié et parcouru la Chine en recueillant des textes, des traités et des rituels manuels. Ennin était donc chargé de transmettre beaucoup plus en termes de culture intellectuelle et matérielle que n’importe quel moine avant lui. Cette transmission de la culture bouddhique Tang a profondément transformé le bouddhisme japonais. En Chine, sur le Mont Wutai, qui était considéré comme la Terre Pure du Bodhisattva Mañjuśrī – le Bodhisattva de la Sagesse – Ennin a rassemblé des dizaines de textes Tiantai et a étudié une forme de récitation mélodique du nenbutsu. Ennin a également étudié dans différents temples et a acquis la maîtrise des textes et des pratiques bouddhistes ésotériques non encore disponibles au Japon. Avant Ennin, d’importants textes bouddhistes ésotériques comme le Mahāvairocana-sūtra et le Vajraśekhara-sūtra constituaient deux courants majeurs de doctrine et de rituel. En Chine, Ennin a également acquis la maîtrise du Susiddhikāra-sūtra, un autre texte ésotérique important qui a servi à unifier le Mahāvairocana-sūtra et le Vajraśekhara-sūtra. Cette approche a finalement influencé l’ensemble de la culture bouddhiste ésotérique japonaise.

  • Chishō Daishi Enchin 智證大師圓珍 (814-891)

    Après Ennin, le plus grand systématicien du bouddhisme ésotérique Tendai fut Enchin, le cinquième abbé du temple Enryakuji. Disciple de Gishin – élève de Saichō – il a également voyagé en Chine, étudiant sur le mont Tiantai et dans la capitale de l’empire Tang. Pendant son séjour, Enchin étudia même au temple Qinglongsi 青龍寺 (là où Kūkai, le fondateur de l’école Shingon, fit de même). Comme Saichō et Ennin, Enchin a convenu de la compatibilité du bouddhisme exotérique et ésotérique et a promu la vision Ekayana de ses prédécesseurs. Cependant, il semble qu’Enchin ait souligné la supériorité du bouddhisme ésotérique en raison de son accent mis sur la pratique.

  • Akaku Daishi Annen 阿覺大師安然 (841-902?)

    Après Saichō, Ennin et Enchin, ce moine érudit est considéré comme le troisième plus grand penseur du taimitsu2Nom donné au bouddhisme ésotérique Tendai. Bien qu’Annen ne soit pas allé en Chine comme ses prédécesseurs, l’importance de sa pensée – à la fois au sein du bouddhisme ésotérique Tendai, mais également au-delà – fut colossale, les scoliastes médiévaux de diverses traditions s’étant inspiré, ayant argumenté et élaboré sur ses innovations et ses contributions. Certains érudits ont même qualifié Annen de premier vrai philosophe japonais.

    S’appuyant sur le système des cinq périodes et des huit enseignements de Zhiyi3Voir article « Bouddhisme Tendai – Etude #1 », Annen a divisé l’ensemble du bouddhisme en un système de classification doctrinale.

    Premièrement, ceux qui s’appuient sur les Trois Véhicules :
    – Les enseignements non Mahayana Tripiṭaka (zō 藏)
    – Les enseignements communs au Mahayana et aux non-Mahayana (tsū 通)
    – Les enseignements qui sont nettement Mahayana dans l’orientation (betsu 別)

    Viennent ensuite les enseignements qui promeuvent le Véhicule Unique, Ekayana :
    – Les enseignements parfaits de Tendai, le Sutra du Lotus, l’Avataṃsaka-sūtra (en 圓)
    – Les enseignements ésotériques (mitsu 密)

    Alors qu’Annen considérait – à certains égards – le bouddhisme ésotérique comme supérieur au bouddhisme Tendai en lui-même, en fait, toutes ces perspectives peuvent être considérées comme interconnectées et interpénétrantes. En d’autres termes, il ne s’agit pas d’une hiérarchie stricte. De plus, à cette époque, le bouddhisme japonais Tendai était une forme majeure du bouddhisme ésotérique. Par conséquent, le point d’Annen concerne essentiellement la meilleure façon de mettre en pratique la tradition ésotérique Tendai.

    Cette approche globale du bouddhisme s’inspire et harmonise les idées les plus profondes du bouddhisme ésotérique et du bouddhisme Tendai. Annen a promu l’idée que tous les bouddhas sont en fin de compte un seul bouddha, que toutes les Terres Pures sont en fin de compte une Terre Pure et que tous les enseignements sont finalement interconnectés et interpénétrés. Un autre concept important qui est associé à Annen est sōmoku jōbutsu 草木成佛, ou « les herbes et les arbres deviennent Bouddha ». Cette idée fait référence à l’idée que même le monde apparemment inanimé est lui-même imprégné et constitué par la réalité de Bouddha. Le Nirvana et ce monde sont Un, physiquement et spirituellement. Le physique et le spirituel ne font qu’un.

 

Aymeric.G

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