Exploration 6

Explorations

Exploration 6

Au japon le terme kotodama – 言霊 ou 言魂 – désigne de façon générique tout mot ou une ligne de sons chargé d’un sens spirituel. Le terme kototama quant à lui, n’est pas utilisé dans la langue japonaise courante, mais seulement par les pratiquants de la pratique spécifique du son du même nom.

Les kototama et les jumon sont enseignés soit au niveau Okuden, soit au niveau Shinpiden. Grossièrement, ce sont des mantras, chantés d’une manière spécifique. Mais ils sont bien plus que cela..

« Le kototama n’est pas une théorie ou même un enseignement. C’est l’énergie de vie, ou ki, qui donne naissance à la conscience dans toutes ses myriades de formes » ~ William Gleason – Aikido et Mots de Pouvoir Les Sons Sacrés du Kototama

KOTOTAMA

Le kototama est essentiellement une pratique dérivée du shintō. La pratique et la théorie du kototama moderne ont cependant été influencées et modelées (à un certain niveau) par la pratique et la théorie du jumon (ou shingon) du bouddhisme Mikkyō. Historiquement, l’Empereur Meiji et sa femme étaient des chercheurs et pratiquants « modernes » des kototama.

Il semblerait qu’Usui Sensei ait enseigné la pratique des mantras avant celle des symboles.  Les kototama consistent à psalmodier des sons sacrés – à la fois des syllabes et des sons de voyelles.

Le terme kototama lui-même se traduit de manière simpliste par « Mot Ame-Esprit » et fait référence a un état spirituel ou un ressenti, induit par la beauté de « mots-sons » quand ils sont correctement psalmodiés. Il fait également référence au pouvoir spirituel (tama) du son (koto) ou des mots. De manière plus complète, le kototama englobe la notion que le bien peut être provoqué par de beaux « mots-sons » correctement psalmodiés et que le mal peut être provoqué par de vilains « mots-sons » – ou par de beaux « mots-sons » prononcés incorrectement. Les sons sont organisé selon des schémas spécifiques, pour spécifiquement venir déclencher certains états de conscience, que l’on peut également expérimenter à un niveau purement énergétique puisque l’esprit et l’énergie sont intiment liés.

Le kototama est ainsi connecté de façon inséparable avec le concept de kotomuke (« les paroles reposantes qui amènent la paix ») et de kotoage (la pratique qui consiste à parler fort en présence des kami (êtres divins), cherchant à invoquer les pouvoirs magiques des mots).

En essence, le kototama et le jumon/shingon sont centrés autour des concepts du pouvoir sacré du langage et de l’intention, de l’usage rituel de la vocalisation/incantation – dans les deux cas comme un moyen d’approche du divin et pour manifester des effets désirés au niveau d’une réalité plus mondaine.

Le but ultime du chant des kototama est de réaliser notre interconnexion avec l’univers. Plus nous commençons à réaliser cette interconnexion, plus nous expérimentons que tout est kototama. Et lorsque l’on chante selon cette perspective d’interconnexion, ce n’est pas nous qui chantons, mais l’Univers entier.

Bien que, historiquement originaire des croyances shintō, la non-exclusivité a depuis longtemps été une caractéristique typique de la religion japonaise, avec le shintō et le bouddhisme qui empruntent facilement des idées philosophiques et des pratiques rituelles de l’un à l’autre. Cela se perpétue depuis le VIIIe siècle de notre ère et l’apparition de la doctrine syncrétique connue sous le nom de « Ryobu Shintō« . Aussi connue sous le nom de « Honji Suijaku« , cette doctrine assimile les divinités bouddhistes (c’est-à-dire, les Bouddhas et Bodhisattvas) aux kami du shintō, ce qui conduisit, au cours du temps, à augmenter les niveaux de chevauchement, de mélange et de synthèse, entre les idées et pratiques du bouddhisme et du shintō, à un point où il est souvent impossible de dire quelles pratiques ou idées philosophiques appartiennent vraiment à quel culte.

JUMON

La pratique du nom de jumon 呪文 ou shingon (l’équivalent au mot « mantra » en sanskrit) est dérivée du bouddhisme japonais Mikkyō 密教 – littéralement « enseignements secrets », souvent traduit par « bouddhisme ésotérique ».

Elle est communément utilisée en conjonction avec nenriki 念力 – la visualisation de symboles, mandalas, etc. – et kuji-no-in1Aussi connu sous les noms de ketsu-in, in-zou ou shu-in. Source: Ninja’s Handbook – Shin-Tengu-Ryu Ninjutsu Par Hanshi Kevin Vandeyck Ph.D (9ème Dan) – Kage Publication – 2017 九字印 – un système de mudras – ces trois éléments mis ensemble constituant une discipline synergique, d’une portée d’application pratique et mystique plus large et plus profonde que la pratique du kototama issue du shintō.

DIFFERENCE ENTRE UN MANTRA ET UN JUMON

D’un point de vue Mikkyō, le praticien en système Reiki Usui Ryōhō qui psalmodie/répète CKR, SHK, HSZSN, .. (que ça soit silencieusement ou à voix haute), en méditation ou lors de traitements, est un exemple typique de jumon en action. Les shirushi (symboles) – enseigné au Niveau II (Okuden) – eux-mêmes peuvent d’une certaine manière être considérés comme des nenriki, et les gestes spécifiques – ou positions de doigts – enseignés par Usui Sensei peuvent être considérés comme des kuji-no-in.

Au sein des enseignements spirituels Japonais, existent le corps, l’esprit et la parole: la triple discipline de jumon (parole), nenriki (esprit), et kuji-no-in (corps) est généralement nommée san mitsu 三密 (ou : san himitsu), ce qui signifie « les trois secrets » ou « les trois mystères ». C’est par l’étude et la pratique de cette discipline que les adhérents du courant principal du bouddhisme Mikkyō cherchent à éveiller une expérience directe d’illumination. Le corps physique peut être touché, senti, vu; l’esprit, plus subtil, ne peut être touché, senti ou vu; la parole se situe entre le corps et l’esprit: elle peut être ressentie et entendue, bien qu’elle soit moins physique que le corps et moins subtile que l’esprit. La parole et/ou le chant apparaît donc comme un pont entre le corps et l’esprit, sur le chemin du plus grossier (le corps et ses gestes) vers le très subtil (l’esprit et sa visualisation) en passant par le subtil (la parole ou le chant).

Cependant, dans les mains de praticiens plus avant-gardistes de Mikkyō – divers groupes comme senin, gyoja, et shugenja/guerriers ascétiques de la montagne Yamabushi – la discipline de san mitsu est devenue non seulement un chemin vers l’illumination, mais aussi un moyen de développer, concentrer et augmenter les capacités « spéciales » – de l’augmentation de la coordination physique, au contrôle de la douleur, aux pouvoirs d’exorcisme et de guérison, à l’augmentation de la sensibilité intuitive et psychique, à l’induction d’états visionnaires proches du chamanisme.

Il est probable que la plus célébrée conséquence du san mitsu est le kuji-in2Le « Sceaux des Neuf Mains » – se réfère aux neufs mudras associé à des mantras de neuf syllabes qui implique le fukushu (répétition) du jumon sacré de neuf mots « rin-pyo-to-sha-kai-jin-retsu-zai-zen » combiné avec l’exécution des neuf kuji-kiri3Se réfère spécifiquement à neuf mudras d’accompagnement et la visualisation de nenriki appropriée. 

Note: kuji-ho se réfère au rituel complet (kuji = mudras + mantras + méditation); kuji-kan (visualisation des neufs syllabes) est une forme spécifique de méditation bouddhiste; kuji-no-in se réfère uniquement aux mudras; kuji-no-shingon se réfère aux simples incantations (mantras).

Quand il est pratiqué avec les bonnes durées de respiration et le bon état méditatif, le kuji-in est considéré comme une technique très puissante et a traditionnellement été utilisée par les mystiques, les guerriers, les prêtres, les guérisseurs, et de même les chamanes ; en fait, cela fait partie du cœur de la pratique japonaise mystique, magique et chamanique.

LE « KOTOTAMA D’USUI »

Note: les quelques détails donnés ici concernant la pratique du kototama du temps d’Usui-san, représentent tout ce que j’ai pu trouver jusqu’ici. Il ne s’agit aucunement d’une des méthodes qu’Usui-san aurait possiblement employé  (puisque rien n’indique qu’il utilisait des kototama dans sa pratique), simplement une possible méthode parmi d’autres.

Dans la pratique de kototama, (et également dans la pratique de jumon,) la prononciation correcte des syllabes a une grande importance, et dans la pratique dont on affirme aujourd’hui qu’elle était employé par Usui Sensei, la prononciation des voyelles a une importance identique.

L’ensemble de voyelles OUEI est le premier kototama au sein du système Reiki Usui Ryōhō:

  • A – prononcé « a » – signifiant: « monter » – est exprimé au centre de la gorge et de la bouche.

  • O – prononcé « o » – signifiant: « descendre » – est exprimé centré près du cœur. C’est également l’Eau, la continuité d’une action spirituelle, le courant bouillonnant, la connexion, la compréhension, l’accumulation..

  • U  prononcé « ou » — signifiant: « retour à soi » – est exprimé profondément dans le hara. C’est également l’Unité, l’universel corps-esprit qui tient son origine des profondeurs du ventre, la pure existence, le vide (la forme est le vide et le vide est la forme – Sutra du Coeur), l’équilibre..

  • E – prononcé « è » (bien que certains le prononcent « èyeu ») – signifiant: « ramification » – est exprimé de manière à se faire sentir rayonnant à travers le corps. C’est également le Feu, l’expansion, la recherche, la croissance spirituelle, l’émergence et la naissance des canaux énergétiques..

  • I  prononcé « i » – signifiant: « la force vitale » – est exprimé de sorte qu’il vibre puissamment et émane / projette vers l’extérieur du corps. C’est également la Terre, la force de vie, le centre, les sens, la perception, la stabilité, la vitalité, l’enracinement et l’expansion en dehors du corps..

Comprenons que les mantras invoquent une vibration spécifique à travers le son. Voici donc pourquoi ils sont plus efficaces lorsqu’ils sont verbalisés plutôt que récités mentalement. De plus, les mantras doivent être prononcés correctement car une légère altération crée une différente vibration, produisant ainsi une manifestation différente.

« Puisque nous chantons ces mots avec l’énergie de l’abdomen, nous créons naturellement une répétition de profondes respirations du ventre: ce type de respiration est appelée dans le shinto ‘la méthode de respiration longue’ (okinagaho). Grâce à cette respiration, le pouvoir du corps physique est acru » ~ L’Essence du Shinto – Motohisa Yamakage

LE « KOTOTAMA D’UESHIBA »

Plus vous lirez sur le sujet et plus vous rendrez compte que les éléments du kototama actuellement enseignés en rapport avec le système Reiki Usui Ryōhō, ont en fait été empruntés à des exemples hyper simplifiés de la pratique présentés sur plusieurs sites internet d’Aïkido, où l’information est simplement conçue comme une introduction aux principes de la discipline pour les nouveaux étudiants.

Car l’un des représentants les plus célèbres de l’art moderne du kototama est Morihei Ueshiba, fondateur de l’Art Martial Spirituel qu’est l’Aïkido. Ueshiba, qui a été adepte de la secte religieuse Ōmoto-kyō4Voir manuel Niveau I (Shoden), a consacré de nombreuses années à l’étude et à la pratique du kototama5A 7 ans, Ueshiba a été envoyé à Jizodera, un temple Shingon dans la préfecture de Wakayama, où il a étudié les Écritures Shingon (ainsi que les classiques confucéens). Il est probable que cette immersion dans la doctrine Shingon Mikkyō à une telle période charnière de sa vie, ait influencée sa compréhension et son évolution ultérieure de l’art du kototama., formulant au fil du temps sa propre version de la discipline qu’il a incorporée au système d’Aïkido.

« Le kototama n’est pas simplement le son de la voix humaine. C’est le sang rouge dans votre hara, débordant de vie. Quand je chante les sons de A O U E I, les dieux qui remplissent les fonctions de ces kototama se rassemblent autour de moi. Un véritable être humain peut faire cela et bien plus encore. » ~ Morihei Ueshiba

Ainsi, si nous nous baignons assez longtemps dans AOUEI, nous pouvons voir qu’il nous aide à nous enraciner et à nous centrer dans notre corps. Et à partir de cet état fondamentalement stable et centré, nous pouvons nous développer vers le haut et vers l’extérieur. C’est pourquoi Mikao Usui semble avoir enseigné AOUEI en tant que premier kototama: car nous devons d’abord prendre conscience de notre être physique avant de pouvoir expérimenter cette expansion vers le haut et vers l’extérieur. C’est dans cet être physique que nous devons incarner l’Univers.

« Au sein des diverses sectes du shintoïsme et du bouddhisme, la classification des éléments n’est pas cohérente; cela change avec le point de vue exprimé et parfois cela dépend de l’expérience physique du pratiquant. » ~ William Gleason – Aïkido et Paroles de Pouvoir Les Sons Sacrés de Kototama

Si nous regardons assez profondément dans chacun des kototama du système Reiki Usui Ryōhō, nous voyons de nombreux enseignements qui peuvent nous aider dans notre pratique. En substance, chaque kototama est comme un tremplin vers le suivant, formant ainsi un chemin – un chemin allant de la non-connaissance à la connaissance de notre Soi-Véritable. Une voie pour réaliser que tout est kototama.

REFLEXION

Ces anciennes pratiques sont donc un excellent moyen de comprendre et d’utiliser les vibrations afin d’interagir avec son environnement. Pour comprendre l’importance du son, il est nécessaire de l’expérimenter et d’apprendre de la vibration. Imaginez que vous souhaitez étudier un arbre. Vous pourriez le faire d’innombrables manières. Vous pourriez d’abord lire un livre sur le sujet, écris par quelqu’un d’autre (probablement pas un arbre..), puis vous pourriez couper l’arbre et l’étudier vous-même (mais cela ne serait pas très respectueux de l’arbre), ou vous pourriez demander à l’arbre – vous syntoniser avec lui – et écouter ce qu’il a a vous dire..

« Les sons primordiaux sont des vibrations de la nature qui structurent l’univers. Ils sont les sons racines de chaque langue. Nous pouvons entendre ces sons dans les chants des oiseux, le bruits des cours d’eau, les vagues qui s’écrasent et dans la brise dans les branches d’un arbre..écouter ces sons primordiaux restaure notre sens de connexion au tout et anime notre énergie de guérison » ~ La Sagesse de Guérison » ~ David Simon

 

Pour plus d’informations, un éclairage différent et ouvrir votre réflexion sur le sujet, reportez vous à l’article « Kototama ou Kotodama » d’Isabelle Padovani

Aymeric.G

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.