KOTOTAMA ou KOTODAMA ? #1

Etude

KOTOTAMA ou KOTODAMA ? #1

par Isabelle Padovani – Enseignante en Onsei-Do

Article paru dans la revue Reiki-Forum en mai 2004

 

Depuis quelques années, il a été révélé que les initiations originelles (reiju) données par Mikao Usui comportaient non seulement des symboles visuels, mais également des lignes de sons (il a également été révélé qu’une autre forme d’initiation n’utilisait aucun symbole).

Dans le Reiki, on utilise des formes (symboles) et des sons (mantras/kotodama) comme catalyseurs afin de rentrer en résonance avec l’énergie d’une dimension supérieure. ~ Hiroshi Doï Senseï – Usui Reiki Ryoho Gakkaï

Depuis ces « révélations », bon nombre de praticiens et d’enseignants en Reiki s’interrogent sur l’origine et la nature de ces mystérieux « kotodama », et bien peu trouvent réponses à leurs interrogations, car très peu d’informations leurs ont été fournies lors des transmissions de ces lignes de sons, et ils ne savent pas où trouver des informations supplémentaires.

Alors, Kototama ? ou Kotodama ?

Kototama… En effet, si le terme kotodama désigne au japon de façon générique tout mot chargé d’un sens spirituel, celui de Kototama recouvre l’une des pratiques du son les plus anciennes, transmise par une lignée de « Gardiens du Son » dont la filiation n’a jamais été interrompue depuis son origine.
L’article qui suit vous présente donc cet art millénaire de la maîtrise du son conservé sous le sceau du secret dans la famille impériale du japon, et transmis à nos contemporains par les enseignants de cette lignée en ayant reçu la transmission.

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En japonais, kototama signifie « mot-âme » ou « esprit du mot » : les « mots-âmes » sont les sons purs qui cristallisent les vibrations originelles que nous percevons ensuite comme couleur, son et forme, dans le monde manifesté. Avant que toute manifestation soit perceptible dans le plan matériel, son essence vibre, résonne sur les plans subtils : ainsi, chaque principe manifesté par la couleur, le son ou la forme, a un kototama, un « mot-âme », une vibration principielle sacrée qui contient son essence, et en permet la manifestation. Ces « mots-âmes » n’ont de signification dans aucune langue : ils sont le substrat vibratoire essentiel de toutes les langues. Ainsi, la maîtrise du Kototama permet de décoder le sens originel des mots, quelle que soit la langue à laquelle ils appartiennent.

Chaque kototama est composé de « sons-mères » (voyelles) et de « rythmes pères » (consonnes).
Les « sons-mères » sont les cinq puissances, c’est-à-dire les cinq énergies dont le potentiel est utilisable par l’homme.
Les « rythmes-pères » sont les huit pouvoirs, c’est-à-dire les huit façons d’utiliser les cinq énergies mises à disposition par les sons-mères.
L’apprentissage du Kototama permet de conscientiser peu à peu les univers de sens évoqués par les cinq sons-mères et les huit rythmes-pères, afin de pouvoir, dans un premier temps, comprendre les lignes de sons enseignées depuis plus de 3000 ans dans cette tradition, mais également devenir le créateur de ses propres lignes de sons, adaptées au besoin du moment.

Occultation du Principe Originel du Son

En des temps très anciens, alors que l’homme ne vivait pas encore dans un corps de chair, les Sumela Mikoto (les « Hommes- Dieux ») utilisait le principe de Kototama Futomani (littéralement « la Divine Action du Mot-Ame ») comme principal outil d’action depuis les plans subtils sur la matière. En ces temps, le Son était le canal privilégié de reliance Esprit/Matière, et Kototama était le principe universel employé par les Hommes-Dieux pour communiquer.

Ayant terminé leur expérimentation de la vie sur le plan spirituel, les Sumela Mikoto décidèrent d’aller expérimenter la vie sur un autre plan : pour ce faire, le principe de Kototama Futomani fut utilisé une ultime fois, afin de transformer la lumière en matière. Puis il fut décidé que ce principe devrait être totalement occulté, afin que l’expérimentation de la matière puisse se faire réellement : en effet, conserver ce principe visible et actif revenait à laisser accessible à tout être vivant une expérience qui, depuis le plan incarné, lui paraissait désagréable, le véhicule sonore lui permettant de retourner (dans ce cas, de fuir) vers le plan de la lumière dont il était originellement issu. Le principe de Kototama fut donc caché, et conservé par ce qui allait devenir différentes traditions : les futurs Hébreux eurent la charge de cacher les sons-mères (les voyelles), tandis que les futurs Celtes eurent la charge de cacher les rythmes-pères (les consonnes), la clef complète du principe de Kototama étant conservée par les futurs Japonais (rappelons à ce sujet que l’ancien nom du Japon est « Kototama no sakiwau kuni » c’est-à-dire « le pays où fleurit le mot-âme »), et plus particulièrement cachée dans le Kojiki, livre sacré de la religion Shintô (le Shintô est la religion originelle du Japon. Shintô signifie « la Voie des Dieux »).

Il fut décidé que le principe de Kototama Futomani serait rendu au monde lorsque les humains auraient complètement expérimenté le plan de la matière. Il y a une centaine d’années, les Gardiens du Sons ont estimé que c’était chose faite : poursuivre plus avant dans l’expérience matérialiste ne pourrait, selon eux, que conduire à la destruction de l’homme et de la terre.

Les Gardiens du Son rendirent alors le principe de Kototama à l’humanité, par l’intermédiaire de l’Empereur Meiji, puis de Maître Ogasawara, de Maître Ueshiba (fondateur de l’Aïkido), et plus récemment, par Maître Nakazono, qui vint enseigner ce principe en France, dans les années 70, puis poursuivit sa transmission jusqu’aux Etats-Unis, où il mourut en 1995.

Le Kototama est aujourd’hui enseigné en Europe par les quelques enseignants ayant reçu une transmission orale directe dans la lignée des Gardiens du Son.

Le Kototama s’appuie sur trois principes : ANA, MANA et KANA

ANA est le rythme universel, la source du rythme de vie des phénomènes de l’univers non manifesté. L’univers est entièrement rempli de ce rythme source. ANA est la vibration initiale, qui est encore silence.
MANA est la mise en vibration, dans le monde manifesté, d’ANA. Il est le rythme devenu son, en tant que constituant de la pensée. Il est le principe d’apparition d’ANA dans le monde perceptible.

KANA est la mise en vibration dans l’incarnation de MANA. Kana est la parole Divine, le Verbe, qui incarne Mana.

Selon ce principe, notre cerveau est sensé jouer un rôle de récepteur, captant en MANA le rythme d’ANA, et le transmettant aux zones du langage afin que les sons que nous émettons soient de nature KANA. Avant que le principe de Kototama soit caché, le rythme de notre cerveau (MANA) se synchronisait en permanence avec l’activité des rythmes universels (ANA). Notre langage (KANA) était alors le reflet exact, dans « l’ici-maintenant », du Vivant…

Depuis l’occultation du principe de Kototama (illustré dans la Bible par l’épisode de la tour de Babel, celle-ci représentant la tentative de l’homme, aux premiers temps de l’incarnation, de reconstruire le canal du son reliant terre et ciel), et jusqu’à aujourd’hui, les principes de MANA et KANA ont été séparés : le cerveau n’exerce plus sa fonction de récepteur, et les sons que nous prononçons sont issus d’un langage arbitraire conventionnel : nous avons une voix, mais nous avons perdu le « Verbe ». C’est la raison pour laquelle nous ne trouvons jamais la paix intérieure, et notre mental est sans cesse agité : il est perturbé par les sons disharmonieux qu’il entend en KANA.

Le lien ANA / MANA étant interrompu, la pratique de Kototama propose d’atteindre MANA par KANA, en prononçant les mots-âmes conservés par les Gardiens du Son. Ainsi, par le biais de la boucle audio-phonatoire, qui envoie au cerveau via l’oreille les informations sonores que nous émettons, le cerveau va recevoir à nouveau l’énergie originelle d’ANA, et retrouver peu à peu, par résonance avec la vibration de celle-ci, sa fonction première de récepteur : il pourra alors à nouveau « résonner » avec le Vivant, au lieu de « raisonner » en vain…

En nous permettant de reconnecter l’essence de toute chose, c’est notre propre nature essentielle et originelle que le Kototama nous permet de retrouver. Par le voyage intérieur sur le vaisseau du Son, la pratique de Kototama offre la possibilité de rétablir le lien intime entre l’ego et le Soi, entre le corps et l’esprit, dans le ressenti intime de la vibration du Son…

Découverte de la nature des sons enseignés actuellement dans le Reiki et leur signification

En effet, si ces lignes de sons (habituellement nommées kotodama par les pratiquants de Reiki) sont désormais enseignées par certains enseignants en Reiki, peu d’informations sont connues, tant sur leurs origines, que sur leurs modalités de pratique et d’utilisation.

L’objectif de cet article est donc de fournir des éléments sur ce sujet, afin que transmetteurs et pratiquants aient :

  • une meilleure compréhension de la nature, de la signification de ces sons et des modalités possibles de leur utilisation dans la pratique du Reiki ;

  • une vision plus claire de la relation existant entre Reiki et Kototama.

La Voie du Son : deux traditions , une origine

A) Deux traditions :

Comprendre la nature des sons enseignés aujourd’hui dans le Reiki présuppose une certaine connaissance du cadre dans lequel les pratiques de sons sont transmises au Japon, sachant que ce cadre est dessiné par la coexistence depuis 1400 ans, des deux grandes traditions décrites ci-après.

1) Le bouddhisme ésotérique (Mykkyo)

Il est divisé principalement en deux branches :

Ecole Shingon

Fondée par Kukkai (Kobo Daishi), après qu’il eut reçu en Chine (où il resta cinq ans) la transmission complète du vénérable Keïka-Ajari (Houei Kuo), lui-même disciple de Fûkû-Sanzô (Amoghavajra), le plus grand maître du bouddhisme ésotérique chinois. De retour au Japon, il fonda l’Ecole Shingon-Shu (L’Ecole de la Parole Vraie Sacrée) en 810, à l’âge de 36 ans. Kukkai disait du Shingon : « Le Shingon est l’enseignement le plus profond et le plus élevé de toutes les écoles du Mahayana. Il se consacre à assurer la paix du pays par la prière, a sauver tous les êtres en chassant les malheurs et en apportant les bonheurs, et même les bonheurs de ce monde. Son idéal, c’est devenir Bouddha, dans cette vie, avec ce corps, ce qui signifie vivre dans la vérité ».

La pratique du son dans l’Ecole Shingon

Le nom utilisé pour la pratique du son est « Shingon », qui signifie littéralement « parole vraie ». Le fait que l’école porte ce même nom montre l’importance accordée à la pratique des sons sacrés dans cette école. D’après le texte Shoigyo, le Shingon Dharani Shu est l’enseignement très secret de la parole sacrée du Bouddha en état d’illumination. Les shingons sont la forme japonisée des mantras et des dharanis sanscrits.

Mantra vient du sanskrit « Man » : le mental et « tra » : remplir ou protèger. Le mantra est donc un mot qui remplit/protège l’esprit, par sa répétition. Le terme de bija mantra (mantra germe/semence, littéralement) désignant un son d’une seule syllabe. Enfin, Dharani est un autre terme sanscrit désignant un texte d’invocation sacrée ou une formule méditative ou magique faisant partie d’une pratique rituelle.

« Les shingons sont les prières symbolisant l’illumination intérieure des Bouddhas, qui dépassent la compréhension des hommes. C’est pourquoi méditer profondément et répéter sincèrement les shingons aide à dissiper l’ignorance en nous. Chaque mot d’un shingon contient une multitude de vérités grâce auxquelles nous pouvons devenir Bouddha dans cette vie avec ce corps ».

Ecole Tendai

Fondée par Saïcho (Dengyo Daishi), moine consacré à 12 ans. Intéressé dans sa jeunesse par le Tientai chinois, il partit en Chine la même année que Kukkai. Il y resta une année durant laquelle il alla de temple en temple et en particulier ceux de l’école Tientai. Il bénéficia d’une quadruple transmission : la doctrine parfaite du Tientai, l’ésotérisme, le Chan et la discipline. De retour au Japon, il fonda l’Ecole Tendai en 806. Pour Saichô, tous les hommes sont capables de se transformer en Bouddha, mais cela peut prendre un temps variable en fonction des individus. L’Ecole Tendai prône donc l’universalité de la nature de Bouddha que tous les êtres renferment. Ses enseignements sont composés d’une partie ésotérique mêlée d’une partie non ésotérique reposant principalement sur le Sûtra du Lotus.

La pratique du son dans l’Ecole Tendai :

Le nom utilisé pour la pratique du son est « Jumon » : trois sens sont proposés pour ce terme. Le premier est « Ju », répétition, et « Mon », texte ou phrase : jumon désigne ainsi une texte ou une phrase que l’on répète. Le second sens de jumon est « parole prononcée de la bouche du frère ainé ». Le dernier sens est donné par « Ju », dix, et « Mon », question : le terme fait alors spécifiquement référence aux dix questions posées au Bouddha par Vajrapani dans le Mahavairocana Sutra. Dans son sens le plus couramment rencontré, ce terme désigne un mot ou une phrase utilisée dans la méditation, ou une incantation utilisée dans un rituel.

L’élément central commun aux deux lignées du Bouddhisme Mikkyo, Shingon et Tendai, est la notion de Sanmitsu (connue sous le nom de Tri-Guhya, en sanscrit), qui signifie littéralement les « trois secrets ».
Le Sanmitsu représente la trinité des pratiques permettant de retrouver dans l’expérience de la multiplicité du monde manifesté, la conscience unifiée de notre nature originelle, cet état étant nommé l’Eveil, dans le Bouddhisme. Voici les mots de Kukkaï, au sujet du Sanmitsu :

« Médite sur les sons (shô), les mots (ji) et les réalités (jissô)… Pour ce qui est de méditer sur le son cela veut dire réciter les “syllabes”, pour ce qui est du mot c’est visualiser leurs formes et pour ce qui est de la réalité, c’est méditer sur leurs sens. Lorsque nous faisons les mudras (shu-in), nous exécutons les gestes symboliques du Bouddha. En répétant les mantras (shingon), nous prononçons les paroles symboliques du Bouddha. En pratiquant le samadhi (kannen, méditation- concentration), nous unissons notre esprit à celui du Bouddha. »

Les trois secrets sont nommés, au Japon :
1 – Kannen : Méditation sur l’un des attributs du Bouddha ou du bouddhisme. Ceci est appelé « Le secret mental » (I-mitsu).
2 – Shingon ou Jumon : L’exacte récitation des formules mantriques, adaptées à la prononciation japonaise. Ceci est appelé « Le secret de son propre langage » (Ku-mitsu).
3 – Shû-In : La juste exécution des sceaux (In en japonais, Mudra en sanskrit). Ceci est appelé « Le secret de l’action du corps  » (Shin-mitsu).

2) Le Shinto

Religion « naturelle » du Japon, ses racines semblent remonter à la nuit des temps. Trois grandes valeurs priment dans l’esprit du Shintô : le culte de la nature ; la pureté rituelle et la communion de l’homme avec les Kami (divinités). Le nom originel du Shinto est d’ailleurs Kami nagara no michi, « la Voie des Kami ».

« Le caractère sacré de la nature et de la vie constitue le fondement du Shintoïsme » ~ Thomas Immoos. Le Shintoïsme considère que l’univers est formé par le jeu d’énergies indestructibles apparaissant en un changement constant dans les phénomènes naturels, ceux ci étant des divinités (Kami) qu’il convient de vénérer pour obtenir leurs faveurs. Indépendamment de son polythéisme et de son animisme, le Shintoïsme ne possède pas les caractéristiques des grands monothéismes tel qu’un créateur unique, un fondateur historique, une sainte écriture révélée, une dogmatique, un système éthique codifié. Mais les mythes d’origine du Japon ont été compilés en 712 dans un ouvrage appelé le Kojiki (« livre des choses anciennes ») considéré comme la « bible » du Shintô. Le Kojiki est le premier texte écrit en japonais. Il contient les traditions et les mythes les plus anciens de l’archipel. Bien que le Shinto ait progressivement été supplanté au Japon par le bouddhisme, l’âme nippone reste totalement imprégnée de ses valeurs, les rituels Shinto ponctuant le quotidien de la vie de nombreux japonais : la plupart des japonais reconnaissent volontiers être à la fois shintoïstes et bouddhistes et n’y voient rien de contradictoire. On dit d’ailleurs au Japon que « on naît shintoïste et que l’on meurt bouddhiste »…

Le Shintoïsme a toujours été la religion de la famille impériale : ainsi, la dénomination de Tenno (« Fils du Ciel ») désignant l’empereur fait référence au fait qu’il est le descendant direct de Amaterasu no Kami, la Déesse Solaire vénérée dans le Shinto. L’empereur Meiji (duquel Usui Sensei a reçu les préceptes du Reiki) a d’ailleurs décrété le Shinto religion d’état pendant le temps de son règne.

Ainsi, malgré les influences étrangères (Taoïsme, Confucianisme ou, Bouddhisme), la foi envers les Kami est toujours restée intacte pour l’essentiel. Tout indique qu’elle continue à jouer le premier rôle dans la vie spirituelle d’une majorité de japonais, quelles que soient les idées religieuses ou philosophiques qu’ils embrassent par ailleurs. La pratique du son dans le Shinto :

Le nom utilisé pour la pratique du son est « Kototama » : de koto, kotoba, le mot et tama, la force de vie qui emplit toute chose (je reviendrai plus loin sur le sens profond de Tama, sachant que le kanji servant à l’écrire est le même que celui servant à écrire le Rei de Reiki). Ainsi, Kototama signifie littéralement « mot-âme », ou « esprit du mot ». Ce terme désigne tout particulièrement la pratique des sons conservée par le Ko-Shinto (ce qui signifie ‘Ancien Shinto », anciennement nommé Kan Nagara no michi, ce qui signifie « La Voie des Dieux ») et transmise de Guide à disciple depuis la nuit des temps.

Le terme de « Kotodama » est en fait le même mot, avec la même signification : c’est d’ailleurs le terme usité en japonais. La différence réside dans le fait que celui qui utilise cette prononciation pour désigner cette pratique du son prouve qu’il en ignore les principes les plus fondamentaux, le son « D » ne faisant pas partie des huit rythmes-pères du Kototama. En effet, « Kotodama » se dit, traduit en sons purs, « Kototama » , ce que sait tout pratiquant (même débutant) de cette voie.

Le terme de Kototama est uniquement utilisé par ses pratiquants ou ses transmetteurs, ce qui explique que j’ai eu l’occasion il y a quelques temps d’être contactée par mail par une enseignante japonaise de Kototama, qui, bien que ne comprenant pas un mot de français, avait immédiatement compris que mon site parlait bien de Kototama-Do, le terme de kototama figurant dans la liste des mots-clefs des en-têtes de page de mon site (liste à laquelle accèdent les moteurs de recherche).

Le temple le plus sacré du Shintô est le Ise-Jingû (situé dans la province de Mie) qui renferme le miroir impérial. La famille impériale rend visite au Grand Temple d’Ise depuis des siècles. Son temple intérieur et extérieur possède une histoire officielle deux fois millénaire. Par tradition, aucune décision d’une grande importance pour le Japon n’est prise sans qu’une prière soit adressée aux Kami dans ce temple.

« Toyoke no Oh Mi Kami » est le dieu de la terre est vénéré dans le temple extérieur d’Ise, « Amaterasu Oh Mi Kami », la déesse du Soleil étant vénérée dans le temple intérieur.
Les constructions du Temple d’Ise, faites de cyprès japonais non peint et coupés dans les forêts impériales de la montagne de Kiso, sont très simples. Tous les vingt ans, lors d’une cérémonie appelée « sengu-shiki », ces constructions sont démantelées et reconstruites sur des fondations proches.

Le sol de ces temples décrit l’ensemble du Principe de Kototama. La rivière qui coule sous le temple est appelée Iu suzu Gawa « la Rivière des cinquante cloches », nom qui symbolise les vibrations de la création universelle. Le Shinto considère en effet les cinquante sons purs du Kototama, desquels sont dérivés tous les mots, comme des déités individuelles. Chaque syllabe est une déité, au service d’une fonction particulière de l’évolution créatrice de l’Univers.

B) Une origine

Le fait que Kototama soit la pratique du son utilisée par le Shinto représente l’aspect exotérique de cet enseignement. Sa dimension ésotérique nous apprend que Kototama n’est pas une pratique reliée à une religion (le Shinto), à un pays (le Japon), ou à une langue (le japonais) : kototama désigne en fait le principe originel du son, les sons originels dont sont issus tous les mantras, dharanis, shingon, jumon, etc… Les sons, et non une école de pensée : Kototama est simplement le nom donné au principe originel définissant les sons qui existaient avant que les langues apparaissent. Ce principe n’est pas japonais : c’est seulement sa clef qui a été gardée au Japon, mais une partie de ces sons purs a été conservée par les Hébreux, et une autre par les Celtes (voir mon précédent article pour plus de détails sur ce sujet)…

Le terme de kototama désigne soit un phonème vocalique (parmi 5 phonèmes vocaliques nommés sons-mères), soit une syllabe composée d’un phonème vocalique et d’une consonne (parmi 8 phonèmes consonantiques nommés rythmes-pères), soit encore une ligne de sons composée de plusieurs syllabes mariant rythmes-pères et sons-mères.
La tradition de Kototama enseigne que seuls certains phonèmes vocaliques et consonantiques étaient originellement porteurs de puissance par leur résonance directe avec l’archétype dont ils sont le vaisseau sonore de conscientisation et de matérialisation. Lorsque des lignes de sons sont composés uniquement de phonèmes pris parmi ces 5 phonèmes vocaliques et ces 8 phonèmes consonantiques, on parle alors d’une « ligne de sons purs » ou de « langue source ». Cependant, si Kototama utilise les sons-purs, toute ligne de sons purs n’est pas forcément Kototama… En effet, les sons purs sont simplement les constituants, les « atomes » sonores (composés de « protons » vocaliques et « d’électrons » consonantiques) des « molécules » des lignes de sons de Kototama. Ces molécules sonores sont les constituants sonores des molécules de la matière, vaisseaux sonores permettant à l’énergie-pensée de pouvoir se densifier suffisamment pour s’incarner dans le monde manifesté. Ainsi, tout ce qui est manifesté dans la matière possède un kototama ayant servi à le manifester. Ce sont ces « molécules » sonores qui ont été précieusement gardées et sont transmises depuis la nuit des temps par ceux que l’on nomme « Gardiens du Son » dans la Tradition de Kototama.

Ainsi, Kototama désigne à la fois l’une des pratiques de son des deux traditions, et le principe originel dont elles sont toutes deux issues…

Les sons du Reiki

A) nature et signification des sons enseignés dans le Reiki :

Ayant posé le cadre des pratiques du son existant au Japon au sein des deux grandes traditions que sont le Shinto et le Bouddhisme Mikkyo, je peux à présent vous exposer mon point de vue sur la nature et la signification des sons qui m’ont été transmis lors des séminaires Reiki auxquels j’ai participé. Bien évidemment, ayant à cœur de respecter la promesse du secret quant à leur transmission, il n’est pas question que j’énonce ici les lignes de sons elles-mêmes. J’y ferai donc simplement référence en désignant leur lignée, et les symboles auxquels elles se rattachent.

1) Les sons transmis par Suzuki San

a) nature de ces sons :

Ces lignes de sons semblent être une traduction en sons purs (syllabes composées uniquement des rythmes-pères et des sons-mères de Kototama) des noms usuels des symboles CKR, SHK et HSZSN. Traduire des sons du langage hiluko (le langage conventionnel) en sons purs est un art difficile, et les traductions peuvent être multiples selon l’énergie transmise par les mots. Cependant, je suis pour ma part assez perplexe sur cette traduction, qui fait disparaître certains sons purs présents dans la prononciation originelle des noms des trois symboles : or, traditionnellement, on traduit les phonèmes qui ne sont pas des sons purs, mais on n’enlève jamais un son pur existant… Donc, selon ma lignée en Kototama, ces lignes de sons ne sont pas des kototama.

Seraient-ce alors des jumon ou des shingon ? Selon ma connaissance et mon expérience de ces deux lignées, non, car dans une ou l’autre lignée, on trouve le plus souvent :

– soit (de façon majoritaire) des mantras adaptés phonétiquement à la prononciation japonaise (ex : « gyatei, gyatei, boji sowaka », fin du Sûtra du Cœur adapté du sanskrit au japonais) ;

– soit des lignes de sons sans signification apparente, mais dont l’énergie est considérée comme bénéfique pour la réalisation du sanmitsu.

Je pense donc que, si ces lignes de sons ont été transmises par Usui Sensei, elles l’ont été davantage pour servir de support, par le son, à la focalisation de la conscience et de l’intention dans la dimension du I-Mitsu, que pour servir de réelle pratique du son, dans la dimension du Ku-Mitsu. En entendant que ces sons n’étaient pas, selon moi, ni des kototama, ni des jumon ou shingon traditionnels, de nombreux praticiens de Reiki m’ont fait part de leur étonnement, car selon leur expérience, ces sons « marchent »…

Le moyen le plus simple de vous expliquer pourquoi « ça marche » est sans doute de vous relater le dialogue entre mon guide dans Kototama et moi-même, après que je lui ai chanté les lignes de sons transmises par Suzuki-San, et que je lui ai demandé comment elle les percevait. Elle m’a répondu textuellement : « oui, cela peut agir, si TU les prononces. » Devant mon air interrogatif, elle a ajouté : « ces sons ne sont pas Kototama : c’est TOI qui leur donne leur puissance et leur pouvoir… »

Ce que mon Guide exprimait à travers ces deux phrases lapidaires est le résumé de l’enseignement de Kototama : tout son peut être chargé de pouvoir par celui qui le prononce en conscience et en orientant son énergie dans une intention précise par son intention. Dans toute pratique conventionnelle du son, c’est l’énergie qui commande au son, alors que dans Kototama, c’est le son qui commande à l’énergie (de par sa nature de « molécule sonore », véhicule et catalyseur de l’énergie), et agit, indépendamment de l’intention ou de la conscience de celui qui pratique : ce processus est désigné en latin par la locution « ex opere operatur », littéralement, « sans l’opération de l’opérateur », sans l’action de l’agissant… C’est pourquoi la notion de transmission et de secret est tout particulièrement importante dans Kototama- Do, car les sons de Kototama étant agissants quelle que soit l’intention ou la conscience de celui qui les utilise, cela peut être dangereux, ce qui explique pourquoi les sons sont révélés très progressivement, au fur et à mesure de l’avancée en conscience des pratiquants…

Dans l’utilisation conventionnelle du son, si l’on répète « GUE RI SON », en ayant l’intention de guérir quelqu’un, on va charger ces sons de cette intention, et ils vont devenir des mots de pouvoir…
Bien évidemment, le fait que les sons prononcés évoquent phonétiquement le nom de symboles qui sont chargés d’un sens profond pour un individu concourt à favoriser leur « charge » énergétique en conscience. Le son étant par nature le media naturel entre pensée et matière, va alors permettre à l’intention, en lui offrant une structure vibratoire plus dense, de canaliser Reiki de façon optimale, en offrant même parfois un ressenti particulier en cette occasion au praticien, comme au receveur.

Quoiqu’il en soit, j’ai pu observer que ces lignes de sons permettent une amplification de la transmission de l’Energie Universelle.

b) Signification de ces lignes de sons

L’une des particularités de Kototama est qu’il offre la possibilité, à partir des sons sources (ou en traduisant en sons sources un mot qui ne le serait pas) de décoder le sens de tout mot (quelle que soit la langue originelle à laquelle il appartient), ou de toute ligne de sons (même si elle n’a apparemment aucun sens).
Voici donc la signification de ces trois lignes de sons, selon l’antique enseignement de Kototama. Certaines phrases contiennent des termes dont je ne peux donner ici l’intégralité de la signification, celle-ci ne pouvant être révélée que lors de la transmission orale de l’enseignement de Kototama. J’ai cependant confiance que les phrases ci-dessous sauront déjà, telles quelles, trouver leur chemin vers le cœur de votre conscience, et enrichir votre pratique…

– ligne des sons du premier symbole : « Appeler l’énergie originelle pour que s’incarne la force du centre afin que, par la direction donnée, le feu/lumière du Vivant apparaisse »

– ligne des sons du deuxième symbole: « Trancher et brûler, trancher et brûler tout ce qui empêche le feu/lumière/énergie de se manifester »

– ligne des sons du troisième symbole : « Passer de la négative individuelle à l’affirmative universelle en allant chercher la conscience originelle, pour affirmer sa capacité à passer de la négative universelle à l’affirmative individuelle »

2) Les sons transmis par Hyakuten Inamoto

Pour ma part, j’ai beaucoup plus ressenti ces lignes de sons (en terme d’intensité et de vibration) que celles évoquées précédemment. De plus, leur transmission comporte un enseignement très riche sur la nature des meisho (les noms originaux) et des shirushi (symboles), qui apporte beaucoup de sens à la pratique de ces sons.

a) Nature de ces sons

Ces lignes de sons semblent être d’authentiques jumon, chacun d’entre eux apportant un sens au symbole auquel ils sont reliés, pour les deux premiers symboles, le nom du troisième symbole étant simplement chanté tel quel, en tant que jumon (ce qui est courant, dans la tradition Tendai).
Le fait que le révérend Hyakuten Inamoto appartienne à l’Ecole de la Terre Pure (fondée par Hônen, un ancien moine Tendai) est sans doute pour beaucoup dans la qualité et la puissance de sa transmission au niveau des sons.

De plus, la notion de progression dans le rythme, caractéristique de certains jumon, est présente dans les lignes de sons qui m’ont été transmises. Ainsi, on trouve une syllabe pour le premier symbole, trois pour le second, et cinq pour le dernier : nombres impairs, de nature Yang, appelant et structurant la répartition de l’énergie dans l’espace et le temps.

En lien avec les trois symboles du Reiki, cette progression rythmique est remarquable, sachant que, selon l’enseignement de Kototama, une syllabe appelle la concentration de l’énergie, trois la transformation de l’énergie et cinq sa répartition/diffusion. Cette tradition enseigne également que :

  • le fait de prononcer une seule syllabe fait appel à la Force du Vivant,

  • le fait de prononcer trois syllabes fait appel à l’Amour du Vivant,

  • le fait de prononcer cinq syllabes fait appel à la Sagesse du Vivant.

On notera l’exacte correspondance entre les notions précitées et la symbolique des trois symboles, reliée au Sonten du mont Kurama : Mao Son/Force, Senju Kanon/Amour, et Bishamon Ten/Sagesse.

b) Signification de ces lignes de sons

  • ligne des sons du premier symbole : « Concentrer l’énergie Une du Vivant, et l’affirmer »
  • ligne des sons du deuxième symbole : « Dynamiser l’énergie, afin qu’elle puisse se manifester en tranchant tout ce qui n’est pas l’affirmation de la nature ‘Une du Vivant' »
  • ligne des sons du troisième symbole : « L’affirmation universelle depuis le Point Unique équivaut à la concentration de la négation individuelle renforçant la négation universelle »

B) Conseils d’utilisation des sons enseignés dans le Reiki

Les techniques utilisant le son requièrent bien évidemment une transmission orale directe, garantissant au pratiquant une intégration correcte de leur prononciation et de l’énergie dans laquelle ils pratiquent. Sachant que la lignée de Kototama à laquelle j’appartiens insiste sur la transmission « I shin den shin » (« de mon âme à ton âme »), il ne m’est pas possible de vous dévoiler ici davantage d’informations sur les modalités pratiques de l’utilisation des sons. Cependant, vous trouverez ci- dessous quelques éléments pouvant alimenter votre pratique actuelle.

1) L’intention :

Comme le dit l’adage populaire : « c’est l’intention qui compte »… Ceci est tout particulièrement valable dans l’utilisation de sons qui ne sont pas des kototama. Aussi, je vous invite, lors du temps de Gassho, à tourner votre attention vers la présence à vous-même, dans l’ici-maintenant. Visualisez ensuite le symbole que vous souhaitez utiliser, puis, en portant votre attention sur le point de jonction de vos majeurs, commencez à prononcer intérieurement le son (ou la ligne de sons) du symbole correspondant : ceci permet de « charger » en conscience le vaisseau du son. Puis, lorsque vous le sentez, prononcez le son, qui est alors chargé à la fois de l’énergie du shirushi, et du In : le vaisseau du son devient alors pleinement agissant, entre esprit et matière. A partir de cet instant, vous pouvez relâcher totalement votre attention (quitter la visualisation du symbole, et le ressenti physique) pour vous laisser emplir et porter par les sons que vous prononcez, en étant dans la confiance que Reiki s’exprime à partir de ce moment là de façon optimale par le vaisseau sonore que vous êtes devenu, « pont vibratoire » en conscience entre ciel et terre…

2) Les différentes façons de prononcer le son :

Pour les mêmes raisons que citées précédemment, je ne peux citer ici que quelques unes des techniques utilisables dans le son, sachant que leur réalisation optimale requiert l’accompagnement d’un enseignant qualifié en ce domaine.
Quelle que soit la technique choisie, votre colonne vertébrale doit être bien droite, la respiration ventrale, la mâchoire détendue.

Les techniques sont présentées ici dans une progression allant de la plus simple à réaliser à la plus difficile (tant au niveau de la réalisation que du niveau de conscience/maîtrise de l’énergie qu’elles requièrent du pratiquant)

  • Yama biko Ho : « technique de l’écho de la montagne »
    Mot-clef de cette pratique : FORCE
    Pratique : chaque syllabe est énoncée à haute et intelligible voix, le souffle étant repris à la fin de chaque ligne de sons.
  • Kotodama no fukushu Ho : « technique de répétition du son »
    Mot-clef de cette pratique : AMOUR
    Pratique : les syllabes sont soufflées sans être vocalisées, aussi bien sur l’expiration que sur l’inspiration (cette pratique utilise la technique du souffle continu).
  • Ryu-o no kokyu Ho : « technique du souffle du dragon »
    Mot-clef de cette pratique : SAGESSE
    Pratique : les syllabes sont prononcées dans le souffle, sur l’expiration, le souffle étant repris à la fin de chaque ligne de sons.

3) Le silence

Kototama enseigne que « le son naît du silence, se nourrit du silence, retourne au silence » : c’est pourquoi, dans toute pratique du son, le temps consacré au silence doit être égal au temps de pratique du son. Ainsi, si vous pratiquez les sons pendant cinq minutes, vous êtes invités à rester à l’écoute du Vivant dans l’ici-maintenant, pendant cinq autres minutes.

Les liens entre Reiki et Kototama

Comme chacun le sait, la vie d’Usui Sensei est difficile à retracer : à ce jour, au moins deux versions de sa biographie se sont succédées, avec des changements aussi notoires que le passage de son état d’enseignant en théologie à celui de moine Tendai (converti ou non au Shingon à l’âge de 27 ans, selon les versions)… Or, si l’on peut comprendre ce type d’imprécisions pour des guides ou enseignants d’un passé très lointain, dans lequel le temps a mêlé légende et faits réels, cela est plus étonnant pour un transmetteur ayant vécu assez récemment, et dont le rayonnement a été si grand. Pour ma part, poursuivant depuis plus de dix ans mes recherches sur la vie des Gardiens du Son dans la lignée de Kototama, j’ai appris que les seules informations que l’on ne parvient pas à retrouver sont celles que leur propriétaire ne souhaitait pas divulguer…

Et il semble qu’Usui Sensei ait largement respecté à ce sujet la règle du sanmitsu : ne peut trouver et comprendre le secret que celui qui pratique… et cela est tout particulièrement valable pour comprendre sa vie et les influences qui ont nourri ses retrouvailles du principe de Reiki.
C’est pourquoi nulle biographie « officielle » exhaustive n’existe à ce jour à son sujet, et que le pratiquant engagé dans la Voie de Reiki devra au fil de sa pratique et du temps, se forger sa propre conviction intime sur la question. Pour ma part, les dix années passées dans les voies croisées de Kototama et de Reiki m’ont amené à une conviction intime sur ce sujet, étayée par de nombreux éléments que je vais vous exposer ci après. Qu’il soit clair que ce qui suit est « ma » vision de cela, et que je ne prétends aucunement détenir la vérité sur Usui Sensei : j’espère simplement que chacun de vous puisera dans ce qui suit les éléments qui, mariés à votre cheminement personnel, pourront apporter un éclairage nouveau au regard que vous portez sur ce sujet et vous permettront de trouver « votre » vérité, celle qui vous parle au cœur, renforce votre corps et réjouit votre âme…

Ma conviction intime est donc que, si Usui Sensei fut adepte du Bouddhisme Mikkyo, son cheminement personnel fut largement nourri par la tradition du Shinto, dont le cœur est Kototama : la redécouverte du principe de Reiki fut donc alimentée par ces deux lignées.

Il semble que Franck Arjava Petter partage cette opinion, qu’il l’exprime en ces termes dans son livre Reiki Fire: « Le Reiki est une forme Bouddhiste du Qi Gong, influencée par le Shintoïsme »1p.23 et « nos recherches nous ont amené à supposer que le terme Reiki provient d’un ancien mantra shintoïste servant à protéger celui qui le psalmodie. Ceci renvoie au fait que le mot Reiki est un symbole de protection en tant que tel ! Pendant des siècles, ce mantra a été transmis oralement d’enseignants Shinto à élèves, et nous n’y étions initiés qu’après avoir promis de ne pas le dévoiler. »2p.124 Rappelons qu’un »mantra » shintoiste est un kototama, et que la transmission orale des sons dans le Shinto sons est le domaine des Gardiens du Sons de la lignée de Kototama-Do…

Etant d’une lignée bouddhiste, il était évident qu’Usui Sensei veuille transmettre une voie permettant à ses pratiquants d’expérimenter le sanmitsu : c’est pourquoi, longtemps avant que les lignes de sons ne soient redonnées aux pratiquants occidentaux, la lignée des transmetteurs de Kototama avaient connaissance de l’existence de ces lignes de sons sans lesquelles un « maillon » manquait à Reiki… En effet, jusque là, l’enseignement de Reiki possédait l’I-mitsu (avec la transmission des symboles visuels) et le Shin-Mitsu (avec la transmission des positions de mains, et la pratique de Gassho), mais il lui manquait le Ku-Mitsu, le secret du Son, reliant esprit et matière…

Or, si Usui Sensei a reçu, lors de son expérience sur le mont Kurama, une transmission directe du I-Mitsu, qu’il a ensuite incarné pour l’intégration du Shin-Mitsu par la création de ce qu’il nomma Usui Teate, il n’a pas reçu de transmission directe au niveau du son. Sachant que la clef du son était contenue dans le principe de Kototama, et qu’il n’avait pas reçu de transmission directe dans cette lignée, il a alors donné à ses proches disciples des lignes de sons qui n’étaient pas des kototama, mais en prenant soin de placer au centre de la pratique de Reiki les éléments qui permettraient à ses pratiquants de rester en connexion avec la source du Son et avec la lignée des Gardiens du Son pouvant leur restituer la totalité de la clef du son.

Je suis très admirative de la façon dont Usui Sensei a procédé pour ce faire, car il savait indubitablement que le moyen le plus simple d’occulter un principe est de le placer bien en évidence, en ayant confiance que seuls ceux qui ont le degré de conscience adéquat le verront…

Ainsi..

A) Kototama et Reiki ont un Kanji (idéogramme) commun

Tama et Rei sont synonymes en japonais. Tama signifie « la force de vie présente en toute chose », « âme /esprit» et, dans sa forme imagée « gemme, joyau précieux ». Le Shinto enseigne que chaque Kami (l’un des aspects du Divin) est empli de Tama, l’ensemble des rituels de cette tradition ayant pour objet d’appeler le Tama des Kamis. Le Shinto enseigne également que chaque être humain est empli de Tama : après sa mort, le Tama quitte le corps et devient Rei, un esprit. Les enseignements ésotériques de Kototama disent que Tama désigne l’aspect incarné de l’énergie du Vivant, Rei en désignant l’aspect céleste, subtil, invisible (raison pour laquelle, dans l’enseignement exotérique, le premier terme est relié à la vie, et le second à la mort). Tama et Rei représentent donc les deux facettes de l’énergie universelle du Vivant, présente en toute chose : Koto- Tama est le principe permettant à cette énergie de s’incarner par le Son, Rei-Ki étant le principe permettant de relier notre propre énergie à l’abondance de cette énergie universelle… Je tiens à apporter une précision sur ce que dit Franck Arjava Petter sur le fait que Reiki soit un kototama de protection : pour agir au niveau du son en tant que protection, on doit prononcer « TA MA KI », et non Reiki (mais s’écrit exactement pareil), Tama-Ki signifiant en sons purs : « faire apparaître (et se relier à) la grande Lumière afin que se manifeste le Feu de Vie ». Or, comme chacun le sait, l’obscurité n’est que l’absence de lumière, et la plus grande protection contre l’obscurité (sur le plan de la conscience, de l’énergie, du corps) est de faire apparaître la grande lumière. Comme vous le constatez, cet aspect est en lien étroit avec la symbolique du quatrième symbole du Reiki…

B) Les cinq préceptes de vie de Reiki sont la forme exotérique de l’un des ordres de sons les plus ésotériques dans Kototama

Comme chacun le sait, Usui Sensei n’a pas édicté ces règles de son propre chef : il les a reçues de l’Empereur Meiji… Que sait- on traditionnellement sur l’Empereur Meiji ? Il régna au Japon à la fin du 19eme siècle, ouvrit le Japon au monde occidental, et s’efforça de donner à son peuple une orientation spirituelle en rétablissant le Shintoïsme comme religion d’état. Les praticiens de Reiki le connaissent au travers des cinq préceptes, de ses poèmes (gyosei, de forme waka), et savent que Usui Sensei lui vouait un grand respect.

La question est : pourquoi ?
Pourquoi avoir placé comme préceptes du Reiki les mots d’un homme qui, lors de la restauration du Shintoïsme, s’était farouchement opposé au Bouddhisme ? Pourquoi ne lui avoir pas préféré les préceptes d’un sage dans la tradition Tendai à laquelle il appartenait ? Ou pourquoi ne pas avoir énoncé ses propres préceptes ???
Tout simplement parce que, au delà de la voie spirituelle qu’il avait choisie, Usui Sensei reconnaissait en l’Empereur Meiji le Tenno, le « fils du Ciel » vénéré par la tradition Shinto, et qu’il chercha, en plaçant ses paroles au centre de la pratique de Reiki, à transmettre à ses élèves les clefs de l’accès à la lignée de Kototama, sachant que le Son était le pivot du Sanmitsu, la trinité esprit-âme-corps, lumière-son-matière, sans laquelle l’Unité du Vivant ne peut se réaliser…

« Les empereurs japonais ont été traditionnellement vus comme des divinités Shinto. On disait par exemple de l’empereur Meiji qu’il était un véritable clairvoyant et un merveilleux guérisseur. »3Reiki, le legs du Dr Usui », page 28 – Franck Arjava Petter

Comme je l’ai succinctement abordé dans mon précédent article, c’est l’Empereur Meiji qui a été l’instrument de la révélation du principe de Kototama, après que ce dernier ait été volontairement occulté pendant des millénaires : Meiji Tenno a donc joué pour le principe de Kototama le même rôle qu’Usui Sensei pour le principe de Reiki, et il est remarquable de constater que les deux principes ont été rendus au monde contemporain simultanément et ont connu le même parcours (Kototama est également parti vers l’Ouest, via Nakazono Sensei, qui, après avoir transmis Kototama en France, a poursuivi son parcours jusqu’aux USA), l’Orient rendant simultanément à l’Occident les principes de transformation de la matière par le son et par l’énergie.

De la même façon que le récit de l’émergence des cinquante premiers Kamis, dans les premiers chapitres du Kojiki est la clef de l’ordre d’apparition des cinquante sons du principe de Kototama Futomani, chacun des préceptes de Meiji Tenno est relié à l’un des cinq sons-mères du Kototama, l’ordre des cinq préceptes révélant, pour un pratiquant de cette voie, la ligne de sons dite « ordre de la Création »…

Ainsi, lorsqu’un pratiquant de Reiki prononce les cinq préceptes, il se relie, au-delà des mots, à l’énergie de cet ordre, dont la fonction est de renouveler l’énergie de celui qui le prononce, instant après instant, et de l’aider à conserver son attention dans l’ici-maintenant.

C) Selon le principe de Kototama, les Waka sont la clef rythmique de l’harmonie sur terre

« En complément aux cinq Principes de Vie, les principaux thèmes du chemin Reiki comprennent la méditation, la signification ésotérique des symboles Reiki, et les Waka que Mikao Usui enseignait à ses élèves. Il s’agit de poèmes spirituels didactiques écrits par l’Empereur Meiji, auxquels Mikao Usui attachait une grande importance… »4La Quintessence du Reiki », page 225 – Walter Lübeck

« Les 125 poèmes de l’Empereur Meiji, appelés gyosei, sont écrits dans la forme dite waka. Le waka consiste en cinq syllabes pour la première ligne, sept syllabes pour la deuxième ligne, cinq syllabes pour la troisième ligne, sept syllabes pour la quatrième, et sept syllabes pour la cinquième ligne. Le Dr Usui les utilisait dans ses rencontres Reiki pour aider ses étudiants à se concentrer sur l’essentiel.

Les poèmes ont été écrits par l’Empereur Meiji (qui régna au Japon de 1868 à 1912) en vieux japonais. Ma belle-mère, Masano Kobayashi, les a traduits en japonais moderne, puis ma femme et moi les avons traduits en anglais. Mes commentaires sont entre parenthèses. Parfois, j’ai changé l’ordre des lignes afin de les rendre plus compréhensibles en anglais (et/ou en français) »5« La Quintessence du Reiki » – p 263 – Franck Arjava Petter et Chetna Cobayashi

Si Usui Sensei attachait autant d’importance aux Waka de l’Empereur Meiji, c’est parce qu’il savait que ces derniers étaient, à l’instar des cinq préceptes, une expression directe de Kototama.
En effet, la structure du Waka (5/7/5/7/7) est au cœur de sa pratique, le premier Waka (qui s’intitulait Awa no Uta) ayant été créé par Isanagi no Kami et Isanami no Kami (couple divin originel, créateur du monde manifesté dans la cosmogonie du Shinto) afin de redonner aux humains le rythme du langage source. « En chantant Awa no Uta, la voix devient plus claire, et la parole est enrichie, l’ordre revient sur terre, et la paix règne à nouveau » (Hotsuma-Tsutae, Livre de la Terre, chapitre 5 ).

Le Waka est composé de 31 syllabes, nombre relié dans le Shinto au rythme des saisons (chaque saison était divisé en trois parties, comportant 31 jours). Pour remercier les bénédictions de la terre, les offrandes étaient faites aux Kamis dans les sanctuaires tous les 31 jours. Le Waka est donc, dans le principe de Kototama, la forme permettant de faire revenir l’harmonie sur terre (la terre pouvant être représentée par le monde manifesté, la matière ou le corps).

Ainsi, n’ayant pas reçu de transmission dans la lignée de Kototama, mais ayant à cœur de mettre ses élèves en présence des bienfaits de ce principe, Usui Sensei lisait les waka de Meiji Tenno à ses élèves, afin que, par leurs sons et leur rythme, ceux-ci puissent se « concentrer sur l’essentiel » selon les termes de Franck Arjava Petter.
Un autre point méritant un éclaircissement, au sujet des waka de l’Empereur Meiji, est celui de leur traduction. Franck Arjava Petter précise que Meiji Tenno « écrivait en vieux japonais ». L’Empereur utilisait en effet le japonais ancien, dont les sons comportaient davantage de sons purs que le japonais moderne. L’enseignement de Kototama nous apprend que ses waka ont été composés davantage pour les sons qu’ils contenaient que pour leur sens : la forme (sons utilisés) des waka de l’Empereur Meiji était donc plus importante que le fond (signification des poèmes). Ainsi, dès que l’on traduit (même du japonais ancien au japonais moderne) les mots qu’il avait choisis avec soin selon le principe de Kototama, on perd tout ou partie de l’énergie dont ils étaient porteurs. De plus, ses poèmes étant très souvent reliés au même principe, leur sens profond est souvent resté caché au non initié. L’un des exemples les plus frappants en est le 19eme waka, dont le titre est, selon la traduction de Franck Arjava Petter « Une pierre précieuse »6La quintessence du Reiki, page 265, et dont le texte a été traduit comme suit :

La plus belle pierre précieuse
Sans la moindre imperfection
Peut perdre sa brillance
Assombrie par un nuage de poussière Si tu ne prends pas soin d’elle

Franck Arjava Petter indique en commentaire, pour ce waka : « il parle sans doute de sa position d’empereur ». Or, le nom en japonais du titre de ce waka est Tama. Or, comme nous l’avons vu précédemment, Tama signifie « la force de vie présente en toute chose », « âme /esprit » et, dans sa forme imagée « gemme, joyau précieux ». Ainsi, lorsque Meiji Tenno, Gardien du Son dans la lignée de Kototama, utilise ce terme, il nous parle de Tama, le joyau, l’âme du Vivant, ce waka évoquant la nécessité de polir sans cesse Tama par Kototama, le mot-âme, afin d’éviter que la « poussière » de la non-conscience ne l’assombrisse…

D) Le Mont Kuruma

C’est l’un des plus anciens lieux du culte Shintoiste, son Temple portant la marque du symbole du son originel selon le principe de Kototama

Si le sanctuaire le plus vénéré du Shinto est le Temple d’Ise, Kurumayama, le Mont Kurama, est également connu dans la tradition de Kototama comme l’un des hauts lieux du culte Shinto :
 » … plusieurs empereurs japonais sont souvent venus prier ici, et ils ont ordonné aux gardiens du temple de préserver la montagne et ses forêts dans leur état naturel. »7« Reiki Fire » p.133

Or sont la plus haute instance de la religion Shintoiste, invoquant uniquement les Kami, dans des Temples Shintoïstes. Ainsi, s’ils sont venus prier sur le mont Kuruma, c’est parce que ce dernier est un mont traditionnellement consacré aux Kamis. De plus, le Temple majeur de Kurumayama comporte, dans la cour principale une gigantesque mosaïque représentant le symbole utilisé dans Kototama pour représenter le son germe, à l’origine de toute chose…

Le Shintoïsme a toujours été présent sur le mont Kuruma, comme l’atteste la présence d’autres temples de cette tradition : « il existe encore quelques petits et beaux sanctuaires Shinto sur le mont Kurama et alentours. On doit particulièrement mentionner le Kubune Jinja (sanctuaire) qui se trouve en bas du mont Kurama, en direction de Kyoto. Au japon, le shintoïsme et le bouddhisme sont inextricablement liés, aussi, il n’est pas toujours facile pour les non-spécialistes de déterminer s’il s’agit d’un temple bouddhiste ou d’un sanctuaire Shinto. »8Le Manuel original de Reiki du Dr Mikao Usui », page 15 – Franck Arjava Petter

Enfin, je souligne que, avant d’être celle du Sonten, la trinité de Kurumayama était celle du Shinto, trinité reliée aux trois grands principes du Kototama :

  • Tsuki Yomi no Kami, relié à la terre, représentant le principe de la Force (Mao Son dans le Bouddhisme)

  • Susano wo no Mikoto no Kami, relié à la lune, représentant le principe de l’Amour (Senju Kanon dans le

    Bouddhisme)

  • Amaterasu no Kami, reliée au soleil, représentant le principe de la Sagesse (Bishamon Ten dans le Bouddhisme)

    Ainsi, le mont Kuruma sur lequel Usui Sensei a retrouvé le principe de Reiki était profondément en lien avec le principe de Kototama à travers la triple présence des Kamis tutélaires du lieu…

F) A la croisée des chemins

A la lumière de ce tout ce qui précède, j’ai la conviction profonde que si les voies de Reiki et de Kototama se sont croisées dans ma vie, elles l’ont également été dans la vie d’Usui Sensei, et sont appelées à l’être pour de nombreux pratiquants de Reiki.
En effet, le « dévoilement » des pratiques originelles de Reiki s’est fait graduellement en Occident, comme si les pratiques étaient révélées seulement après que les pratiquants aient fait un certain cheminement dans la pratique de Reiki. Ainsi, nous avons reçu progressivement une première série de positions de mains, avec la version « chrétienne » de la vie d’Usui Sensei. Puis, une fois que ces éléments furent intégrés, nous avons reçu les techniques « japonaises », et la version « bouddhiste » de la vie d’Usui Sensei. Enfin, plus récemment, des lignes de sons ont été transmises aux pratiquants. Selon moi, ce processus est en totale cohérence avec le passage d’un Reiki « méthode de guérison » à Reiki-Do, la Voie de Reiki, vécue et transmise par Usui Sensei, le principe de Kototama étant à présent proposé aux pratiquants de Reiki comme un pas de plus dans ce chemin des retrouvailles avec Rei/Tama, par le Son, afin de réaliser la tri-Unité dans l’expression du Ki…

Isabelle Padovani – Enseignante en Kototama

www.onsei-do.com

Aymeric.G

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