Reiki, Reikiki et Reiki Kanjo

Etude

Reiki, Reikiki et Reiki Kanjo

Le Reikiki (麗気記) est le titre d’un document important mais relativement peu connu, associé principalement à la tradition Shingon (真言) shintō du bouddhisme – bien qu’il soit plus précisément lié aux doctrines syncrétiques « shintō-bouddhistes » connues sous le nom de Ryōbu Shintō (両部) ou Honji Suijaku (本地垂迹). Malgré son importance, nous n’avons que très peu d’informations sur son origine, qui a au cours du temps, été attribuée à de nombreuses personnes. Le texte lui-même prétend être le récit d’une initiation secrète – le Dharma, l’enseignement du Bouddha le plus secret et le plus profond appelé Amefuda no Maki – reçue par l’empereur Daigo (896-930), venant d’une Femme Dragon vivant dans l’étang du jardin impérial de Shinsen’en (神泉苑). Le « ki » final (記) du « Reiki-ki » se réfère à une « chronique » ou un « compte-rendu » mais c’est également un simple suffixe se référant à un texte écrit. Ainsi le Reikiki pourrait être – vulgairement – traduit comme: « Le Texte (ou compte-rendu) du Reiki ». Il n’en est rien.

En tant que personne réalisant des recherches sur l’histoire et les origines du Reiki Usui, en apprenant l’existence d’un tel graal il y a de cela quelques années – imaginez, un « Texte du Reiki » précédant apparemment Usui-san de plusieurs centaines d’années ! – ma réaction initiale a été une excitation et un profond intérêt. Évidemment, j’ai voulu en savoir plus sur ce texte, son contenu et sa signification dans le bouddhisme japonais et le syncrétisme shinto-bouddhiste. Mon intérêt pour le Reikiki, s’est encore approfondi lorsque j’ai appris qu’il y avait apparemment un rituel cérémoniel d’initiation dans texte. Tandis que les premières tentatives pour retrouver des informations plus détaillées concernant le Reikiki m’avaient conduit à une série d’impasses, j’ai finalement découvert un article du professeur Fabio Rambelli portant en partie sur le Reikiki, publié en 2002 dans le Japanese Journal of Religious Studies intitulé: « Le Monde Rituel du Shinto-Bouddhisme. Le Reikiki et les initiations Kami (jingi kanjō) dans le Japon fin-médiéval et pré-moderne ». Restant d’un optimisme prudent quant au fait que cet article puisse se révéler d’un grand intérêt pour éclairer ma lanterne, j’ai néanmoins tenté de rester ouvert et d’éviter, dans mon enthousiasme, de tirer des conclusions hâtives basées sur les informations sommaires que j’avais réussi à glaner ici et là sur le Reikiki et l’initiation qui y est associée. L’article apporte un grand intérêt sur les fondations incontournables de ce texte incluant les rituels initiatiques et j’ai découvert que l’apparent rituel/initation combinatoire secret(e) était en fait une forme de kanjō.

Le kanjō

Kanjō (灌頂) est le terme utilisé dans le bouddhisme Mikkyo (Bouddhisme ésotérique japonais) pour un type particulier de rituel – ou plutôt deux: jingi kanjō, shintō kanjō. Kanjō est souvent vaguement traduit par « initiation », bien que les rituels kanjō soient, plus précisément une cérémonie bouddhiste ésotérique typique servant à transmettre différentes pratiques intellectuelles et manuelles et a sanctionner le niveau de réalisation des pratiquants tout en leur conférant le « pouvoir » – dans le sens du droit ou autorité (spirituelle) – de s’engager dans certaines pratiques spirituelles ou d’étudier la signification intérieure de certains textes ésotériques, certaines doctrines ou des rituels de nature hétérodoxe. En ce sens, un kanjō est essentiellement un « rituel de permission » transmis à travers un ensemble de rituels secrets (kuden 口伝 ou hiden 秘伝). Une deuxième utilisation complémentaire du rituel kanjō est une procédure cérémonielle de reconnaissance, de confirmation ou de « certification » d’un élève ayant atteint un niveau requis de formation ou de discipline spirituelle. Ainsi, alors que les informations sommaires que j’avais découvertes au départ faisaient référence à une « initiation au reiki », vous comprendrez que cela s’est avéré être une traduction quelque peu simpliste du terme reiki kanjō: tout en étant un rituel de consécration / d’autonomisation ésotérique très important, il n’est pas tout à fait identique au concept d’initiation – denju ou reiju – tel qu’il est compris et pratiqué dans le Reiki Usui. En fait, le rituel connu sous le nom de reiki kanjō est d’abord et avant tout la cérémonie de « responsabilisation » pour pouvoir étudier la signification intérieure du Reikiki.

Le Reikiki

En ce qui concerne le nom Reikiki (麗気記) en lui-même, la première chose évidente est le fait que le composite « Rei-Ki » (麗気), n’est pas écrit avec la même paire de kanji que le « Rei-Ki » Usui (caractères modernes: 霊気 / caractères anciens: 靈氣). Il existe de nombreux mots japonais qui peuvent être décrits comme des « mots en ki » – des mots composés, formés en ajoutant le « ki » du Rei-Ki à la fin d’un autre mot, comme par exemple genki, inki et tenki. Malheureusement, si nous essayons de traduire de tels mots composés en traduisant simplement et en combinant les significations des deux mots originaux individuels, cela ne nous donnera pas nécessairement une traduction précise du mot composé lui-même. Cela marche dans certains cas mais pas dans d’autres. Prenons, par exemple, le mot tenki (天気) – ten 天 signifie le ciel ou les cieux et ki 気 est bien sûr – le plus souvent – traduit par esprit, énergie ou sentiment. Tenki signifierait -il donc « Esprit Céleste » ou « Energie Céleste » ? Pas du tout ! Tenki signifie .. »Météo » ! 
Tout comme la combinaison des significations littérales des deux kanji du « Reiki » (Usui) reste un sujet de dissension au sein du monde du Reiki (j’y reviendrai dans un prochain article), la compréhension précise du composé Reikiki est sujet à débat. Comme mentionné au début de cet article, le « ki » final (記) signifie « chronique », « compte-rendu » ou « texte » – d’où la tentative initiale de traduction en: « Texte du Reiki ». Quant à la signification spécifique du premier kanji rei (麗) , on peut principalement le traduire par « beau » ou « merveilleux ». Vous l’aurez remarqué, le kanji « ki » (気) est identique à celui utilisé dans « Reiki » (tel qu’entendu en occident comme celui d’Usui) et bien qu’il soit couramment interprété aujourd’hui simplement comme « énergie », il peut bien sûr, aussi – et plus largement – être compris comme « esprit », « coeur »et « volonté ». Comme traduction, le professeur Rambelli lui-même suggère quelque chose comme: « Le Texte (ki) sur la Merveilleuse (rei) Essence (ki) »; la signification précise du terme « Reiki » dans « Reikiki » n’est pas absolument claire, car ce double kanji particulier n’existe pas dans le lexique sino-japonais. Pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin (car cela nécessiterait une longue explication, qui n’est pas directement liée au contenu du document, ni de cet article), je vous conseille le livre de Fabio Rambelli et Mark Teeuwen qui traite de cette question (en anglais) : Buddhas and Kami in Japan: Honji Suijaku as a Combinatory Paradigm – Routledge; 1 edition (December 27, 2002).

Le Reikiki et le Reiki Usui

Le « Reiki » de « Reiki-ki » n’est donc pas formé des mêmes kanji et n’a donc pas la même signification que le « Reiki » d’Usui-san. Peut-il donc encore y avoir un lien entre ce « Texte sur la Merveilleuse Essence »et le Reiki Usui ? Mes recherches plus ou moins récentes sur l’histoire du Reiki m’ont révélé que même pendant la vie d’Usui-san, le Reiki a été dans un état continuel de flux et d’évolution. Avant d’être une modalité purement thérapeutique, le dokusō ryōhō 独奏療法 (un système original issu d’une agglomération de pratiques spirituelles dont le principal objectif, semble-t-il, était d’agir comme un moyen de partager – progressivement – avec les autres un phénomène intérieur transformateur concret qu’il avait lui-même vécu) qu’Usui-san a initialement (re)créé et développé – a mon sens – a essentiellement été un système spirituel et philosophique impliquant des éléments syncrétiques de la croyance bouddhiste et shintoïste – un système « pour l’amélioration du corps et de l’âme ». Pourtant au moment de sa mort, la concentration spirituelle avait déjà presque disparue: les éléments shintō-bouddhistes minimisés, le processus reiju 霊授 (« accorder/recevoir l’Esprit ») originel conçu par Usui-san  remplacé par le denju (« initiation ») de Toshihiro Eguchi – et le Reiki était devenu principalement un système d’intervention thérapeutique. Alors, quelles étaient exactement les origines précises de ce qui allait devenir Usui Reiki ? Bien qu’il y ait eu beaucoup de spéculations – certaines savantes et bien informées, d’autres beaucoup moins – nous tentons encore aujourd’hui de démêler petit à petit le fil de l’Histoire.

Le Reikiki – avec son rituel de reiki kanjō – aurait-il pu être, sinon la source originale du Reiki Usui, tout du moins un facteur d’influence dans la réalisation du Phénomène Reiki partagé par Usui-san ? C’est certainement une possibilité – cet enseignement racine du monde rituel du Shinto-Bouddhisme a du effectivement influencer la source originelle du Reiki, car beaucoup de similitudes sémiotiques, de théories et de pratiques dans ce texte ancien sont trop flagrantes pour dépendre d’un phénomène stochastique ou d’un simple concours de circonstance par rapport à la méthode – bien qu’une fois de plus, mes recherches m’aient amené a trouver d’autres sources possibles. Aujourd’hui, certain(e)s praticien(ne)s Reiki ayant connaissance du Reikiki sont convaincu(e)s qu’il s’agit de la source des aspects spirituel et thérapeutique du Reiki – et semble-t-il, tentent avec enthousiasme de diffuser ce point de vue. Personnellement, j’estime qu’une étude plus approfondie est absolument nécessaire avant que nous puissions légitimement avancer de telles affirmations. Il est a mon sens raisonnable d’être prudents car l’Histoire du Reiki nous a deja démontré qu’il est aisé, dans notre enthousiasme, de mal interpréter les faits ou de sur-interpréter (volontairement ou pas) l’objet de nos recherches.

Dans cet article, j’ai délibérément évité de détailler le contenu précis du Reikiki et également du reiki kanjō. Je suggère à celle et ceux qui sont intéressé(e)s par les détails, de lire l’article du professeur Rambelli en suivant ce lien: ICI 

Aymeric.G

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.